Bob Dylan - Series of dreams

Publié le par Oyster

L'un de mes premiers bootlegs de Dylan - puisque j'ai commencé par la fin - était celui regroupant les sessions de son gracieux Oh Mercy. L'album de la renaissance au sortir des années 80, enregistré avec la participation active de Daniel Lanois (le chapitre des Chroniques concernant ces enregistrements est hautement recommandé pour qui désire en apprendre davantage sur les coulisses de la production dylanienne). Parmi un bien beau chapelet de perles (ah, ce Born in Time tragique qui ne fut pas retenu, et n'apparaîtra que sous une forme plutôt fade sur Under the Red Sky l'année suivante...) figurait donc la chanson dont il est question ici : Series of dreams. Remarquons que la thématique des rêves est récurrente dans l'oeuvre du Maître : Bob Dylan's Dream (Freewheelin'), Bob Dylan 115th dream (Bringin' it all back home), Dreamin' of you (Bootleg Series Vol. 8), This dream of you (Together Through Life), sans compter pléthore de textes sybillins qui évoquent fortement un état de rêve-éveillé - allègrement halluciné parfois. On notera d'ailleurs que, dans la chanson It's allright ma, un vers souligne le caractère conflictuel des rapports du monde onirique au monde réel - le domaine des rêves, transgressant les lois de la société et de la physique, étant par nature subversif : "And if my thought-dreams could be seen / They probably put my head in the guillotine."
Mais revenons à ces bizarres Series of dreams, qui à première écoute n'ont provoqué en moi que le... rire. Une production très eighties, mais pas la pire qui puisse nous être infligé. J'y suis revenu, pour y découvrir un élan, une tension presque palpable qui ne se relâche jamais. La performance vocale, et le décor en 3 dimensions qui en émerge, valent qu'on s'y attarde. Longuement, avec de dansantes étoiles qui envahissent la tête et pétaradent dans la poitrine, véritable feu d'artifices que le Zim tire rien que pour nos yeux. On en éprouve le vertige. En définitive, la chanson se révèle digne d'autres chefs-d'oeuvre délaissés tels que la version épurée de Blind Willie Mc Tell ou celle de Every Grain of Sand : un monument flottant, un palais céleste aux murs de miroirs et aux couloirs profonds où on aime se perdre pour fuir les abruptes falaises du réveil. A écouter par une nuit qui touche à sa fin, l'aube grisâtre pointant le bout de son nez sur les façades glauques, quand on ne veut pas que la réalité vienne - "That stuff ain't real !" disait déjà Dylan dans ses dernières pensées sur Woody. Et avec un parapluie sous l'oreiller, s'il-vous-plaît.

Publié dans Dylanologie

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Isidore 17/12/2009 14:32


Je me doutais un peu que tu rebondirais sur mon appréciation peu enthousiaste de "Love and Theft".
Cet album pourtant encensé par la critique, me laisse de marbre, à l'exception de "Mississipi" que je trouve superbe.
J'ai sans doute raté un truc, où bien ai-je du mal avec la veine rockabilly de Mister Bob, je ne sais pas ...


Isidore 11/12/2009 13:26


Lorsque le disque est sorti à la fin des années 80, je tentais de me remettre de l'écoute de "Down in the Groove" son opus précédent.
J'ai découvert qu'une fois de plus Bob écartait ses plus belles chansons de sa production "officielle" en regardant à la télé le clip de "Series of Dreams", une chanson sur laquelle j'ai tout de
suite accroché - il faut dire que je baigneais évidemment dans la production made in eighties à l'époque et que je n'ai pas eu à réprimer de rire ...
Bref cette chanson rejoint au panthéon des pépites délaissés un peu plus tôt dans les années 80 comme Foot of pride et Blind Willie Mc tell.
J'ai appris récemment que Born in Time (une de mes chansons préférées malgré la production désastreuse de Under the Red sky et la présence d'Elton John ...) figurait sur les sessions d'Oh Mercy, ce
qui confirme une nouvelle fois la mise au placard des meilleures compositions de Bob ... Missipipi figurait d'ailleurs sur les sessions de Time out of Mind (un chef d'oeuvre) ...pour être repris
plus tard (avec brio) sur le très discutable "Love and Theft"


Oyster 11/12/2009 16:18



C'est toujours intéressant de connaître l'avis de quelqu'un qui a vécu en direct la sortie des disques, je t'en remercie. En revanche, je ne comprends pas pourquoi tu trouves Love and Theft, ce
joli truc bien gras, discutable. C'est un album d'une parfaite cohérence et j'aime énormément la tournure tranchante et bluesy qu'y prend sa voix.