Blueseux

Publié le par Oyster

La semaine dernière, Lucky Peterson partcipait à une jam session au Loch Ness Tavern, troquet sympa qui organise des apéros blues tous les jeudis soirs. Enfin, en fait de participation, le gars (qui ne fait pas partie de mon panthéon personnel, mais valait assurément le coup d’être vu), s’est contenté de gratouiller sa guitare en bonne compagnie, et de chanter un titre, le classique I believe I’ll dust my broom. Ah, et aussi, il a bu un demi cul sec en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, j’étais admiratif. Il était accompagné d’un trompettiste assez excellent, et de deux jeunes gratteux qui ont assuré sur pas mal de morceaux de Muddy Waters et consorts. La salle, quasiment vide au début, s’est peu à peu remplie jusqu’à ce que, l’alcool et la musique aidant, l’ambiance monte d’un ton. Puis, au détour de je ne sais plus quelle chanson, il m’a pris aux tripes. Le Frisson, une sorte d’euphorie mêlée d’angoisse religieuse. On sait tous que le blues est une musique qui vient du fond des temps, et pourtant, en réalisant que la plupart des titres interprétés ce soir-là n’allaient pas tarder à atteindre l’âge mûr (un siècle ou presque), j’ai éprouvé un curieux vertige. Robert Johnson, Son House, Skip James and co ont gravé leur génie dans le marbre de la légende voici bien longtemps, et dieu sait qu’ils tenaient leur inspiration de muses plus anciennes encore. Et pourtant, la tradition, un peu oubliée, un peu émoussée en fonction de l’époque, se perpétue ; le flambeau passe, les picotements dans la nuque sont toujours vivaces. Il y a dans le blues un truc qui relève de la magie noire, qui survit depuis près de cent années et s’apprête à faire son petit bonhomme de chemin dans le futur. Un siècle, et tous les autres à venir. Qu’importe à vrai dire le nombre des auditeurs, même si, évidemment, ça fait mal au cœur de songer que des milliers de décérébrés s’imaginent que les Stones (au hasard) ont tout inventé. Il suffit de fouiller, de humer la poussière accumulée, pour se rendre compte que les effluves du Delta tiennent bon, qu’elles remuent et enflent encore. Le Mississippi a eu le temps de couler depuis que les premiers hobos sont montés à Chicago, et pourtant… L’excellence d’une musique devrait se mesurer à l’intensité des frissons qu’elle coule jusque dans votre cerveau, et, pour la peine, vous reprendrez bien un peu de ce diable de Johnson :


Come on in my kitchen

 

 

 

 

Publié dans Eaux boueuses

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Esther 23/10/2009 23:14


C'est agaçant de ne pas pouvoir écrire un truc digne d'intérêt après çà...


Oyster 24/10/2009 17:05



Bonjour l'inspiration !