Billy, you're so far away from home

Publié le par Oyster

Je biaise, je joue du couteau, j'ai tué une pute chais pas où. Le rythme lent des sabots traînant dans les broussailles n'en finit pas de me poursuivre : ce bruit, je suis assis dessus.
Je prends la première guitare qui tombe et je lui fais un sort : elle finira en petit tas de bois sec, obstinément silencieux, dans le recoin obscur où s'amoncellent mes cadavres. C'est bien beau d'être toujours sur la route, mais je manque de placards où ranger mes morts. Pour tromper mon ennui, je compte : les moutons de poussière, les balles dans la barillet, les boutons recousus, les kilomètres avalés. Quand le soleil ne tape pas trop fort, je peux compter jusqu'à... une éternité. Ensuite, je recommence. Pourquoi ?

Je suis né très loin de chez moi. Pas au bon endroit, pas dans la bonne famille. Dans le désert, en fait de Terre promise, Moïse ne cherchait pas autre chose que son berceau.
Le jour déclinait, un type avec deux trous sur le côté venait de s'allonger près de l'eau. Sur la rive opposée, le crépuscule caressait les dunes semblables à des monticules de braises rougeoyantes. C'est sur ce paysage de tranquille désolation que la musique, toujours elle, sortant de sa tanière à la faveur des ombres, prit lentement son envol.
Depuis, j'essaie de retrouver mon vrai foyer. Dieu sait où j'échouerai. Entre mes dents qui se déchaussent, je stocke autant de nostalgie que possible. Ulysse, Alias, Jack le Fataliste, vous vous souvenez ? C'était moi. Moi aussi, l'amant éconduit, le témoin à la noce, la pantoufle qu'on abandonne au bal. Moi encore, le soldat prussien - de gros calibre fourré -  ronflant dans la vallée.
Trente ans plus tard, je suspends cent étoiles percées sur ton ventre nu. J'ai vengé la mort de mon père en revenant sur mes pas, et si je retrouve ma mère, je lui fais la peau. Tes hanches constellées de crânes, miroitante demoiselle, n'ondulent que pour... moi. Honnête hors-la-loi, je ne connaîtrai d'autre asile que la frontière, l’extrémité du trottoir, ta chute de reins qui ne s’achève nulle part. Disciple de Socrate, je suis las de poser des questions dans le vent. J'ai bu au fleuve de l'Oubli, j'ai tout vomi ; j'ai traversé le paradis sans m'arrêter, ça m'a pas plu. Si, comme il le prétend, Je est un autre, je peux vous dire qu'il est pas rendu.

 

 

 

 

 

En 1973 paraît la B.O de Pat Garret and Billy the kid. En 2009, Bob Dylan, les narines ensablées,  interprète Billy en concert pour la première fois, dans une version qui ne cesse de me bouleverser.

 


Publié dans Dylanologie

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Noulé 22/04/2010 17:20


Dylanien je sais pas, mais puissant en tous les cas...


Oyster 23/04/2010 18:05







Isidore 09/04/2010 12:00


Il est bien ce texte, très "dylannien" ..."I’ll avenge my father’s death when I step back"...


Oyster 10/04/2010 16:07