A change is gonna come

Publié le par Oyster

L’université française est riche et promise à un bel avenir. Les diverses administrations qui la composent, où se tuent à la tâche des passionnés débordant de zèle, sont accueillantes et hyper bien organisées. L’université française est belle comme la rencontre fortuite, sur le pavé parisien, d’une troupe d’étudiants syndiqués et d’une charge de CRS. Mais, surtout, à l’université, on en apprend, des choses. Par exemple, en philosophie moderne, on nous enseigne des heures durant la différence entre le phénomène apparaissant et la chose en tant qu’elle existe pour elle-même, ce qui n’est d’aucune utilité puisque nous ne pouvons rien, mais alors strictement rien connaître de la fameuse chose en soi. Autre exemple : en esthétique, on nous apprend que Pavarotti avait une belle voix, mais que c’est tout ce qu’il avait ; à la différence d’un Bob Dylan qui respire la beauté parce que sa voix dit son usure. Cela, je le savais, mais venant d’un prof que j’admire et qui a accueilli avec beaucoup d’intérêt mon mini-mémoire sur le Zim, ça flatte l’ego.
La voix de Dylan traîne dans son sillage des nuées de poussières incandescentes qui confondent dans leurs jeux d’ombres et d’éclats les molles circonvolutions du Mississippi et les fleuves des Enfers. Quand, sur le point de se briser, elle se ramasse sur elle-même et se dresse dans l’air trouble telle une colonne de boue ceinte d’éclairs, il faudrait être fou pour ne pas tomber à genoux. Fêlée, elle l’est : mais « il y a une fêlure en toute chose », disait le sage Leonard Cohen, « et c’est par elle que vient la lumière. » J’en veux pour preuve cette version cassée de la chanson de Sam Cooke « A change is gonna come », pleine de bris de verre qui miroitent en travers de la gorge. A chaque fois que je m’assieds sur une chaise de la salle F042, après une journée de claquements de portes et d’errements dans les couloirs tortueux de la sainte chapelle, je pense à cette chanson, radieuse et aigre, divinement tourmentée ; et je me dis que le système ORL de Dylan, et la philosophie esthétique, ont encore de beaux jours devant eux.
L’action commence à 2 minutes. 

 

 

 

Publié dans Dylanologie

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Esther 30/10/2009 22:37


Une bien belle version.


planet waves 30/10/2009 00:56


C'est moche de ressortir ses vieux papiers !
tu as eu de la chance d'avoir la possibilité de bosser sur dylan,je ne vois pas comment je pourrais faire ..
c'est en partie pour ça que je voulais m'installer à Paris,ici c'est un peu plus cloisonné ..


Oyster 30/10/2009 20:47


Faut dire, quelle idée d'étudier à la campagne !