Samedi 9 avril 6 09 /04 /Avr 14:36

Pour divers et variés motifs qui ne seront pas détaillés ici, ce "blog" s'arrête. En gros, il est bon de savoir passer à autre chose.

Mon lectorat shelterien apprendra par la même occasion que ma participation au forum est également compromise.

J'en profite donc pour remercier mes quelques lecteurs et intervenants réguliers et me souhaiter à moi-même bon vent.

Je ne promets pas de ne pas revenir sur la toile, d'une manière ou d'une autre...

 

Veuillez agréer, etc.

 

 

 

 

 

Par Oyster
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Lundi 14 mars 1 14 /03 /Mars 16:33

Voici donc un pays atomisé à deux reprises il y a soixante ans (- Nagasa qui ?) et qui, malgré les souffrances et la désapprobation de sa digne population, a laissé pousser sur son triste sol une cinquantaine de champignons nucléaires potentiels. Sol d'ailleurs célèbre de part le vaste monde pour sa très haute sismicité... Il y a des jours comme cela où l'on se dit que non, décidément, certains n'ont pas un atome de bon sens dans la cervelle.
Le choeur des lobbyistes libidineux, des experts énucléés et autres optimistes obséquieux est entré en fusion et ce n'est pas très beau à regarder. La France, pays radieux où l'on considère que les centrales font nettement plus joli dans le paysage que les éoliennes, vient de proposer les services de ses "experts nucléaires" au Japon - espérons que ce sont les mêmes qui, avec leurs petits bras musclés, arrêtaient les nuées radioactives à la frontière...
Pour l'heure, pas de danger donc, mais une spéciale dédicace à la thyroïde de papa tout de même.

 

 

 
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"Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de choses. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison."

Albert Camus, éditorial de Combat, 8 août 1945.


Par Oyster - Publié dans : La chanson du jour - Communauté : Musiques
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Jeudi 3 mars 4 03 /03 /Mars 12:08

"Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit."

 

 

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, 1942.

 

 

 

Camus-Lourmarin.JPG 

Lourmarin, 28 février 2011.

Par Oyster - Publié dans : La bonne parole
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Dimanche 27 février 7 27 /02 /Fév 00:16

Un seul disque vous manque, et tout est dépeuplé. Heureusement, grâce à la Mono box récemment acquise (comment, vous n'êtes pas au courant ?) je me trouve enfin en possession du vinyle qui faisait tant défaut à ma collection : j'ai nommé Blonde on blonde. Blonde on blonde (le titre étant joli, on peut le répéter autant de fois que l'on veut), ou l'excellence... par excellence, point d’orgue d’une flamboyante renaissance dont les flammes n’en finissent pas de brouiller les pistes. Disons-le tout de suite, le vinyle est une matière particulièrement sexy qui sied beaucoup à cet album - surtout avec sa dernière merveilleuse piste, qui s'étale de nouveau à loisir sur toute une face.

D’abord, une pochette floue devenue fameuse, un titre obscur qui soulève douze douzaine d’hypothèses tordues : blonde sur blonde pour clope sur clope, plus prosaïquement pour ses initiales (B.o.B), voire pour suggérer quelque émoustillante vision saphique produite sous acide. Disque déséquilibré entre fanfare pochtronnée (Rainy day women), blues-rock passé à la moulinette (Pledging my time, Leopard-Skin Pill-Box Hat) et incantations romantico-mystiques à la verve fulgurante (Visions of Johanna, Sad eyed lady of the lowlands), comme pour convier sous la bannière d’un post-surréalisme opiacé des genres qui ne valent que par leur interpénétration, leur émouvante friction – des transgenres. En pleine copulation, les muses implosent et déversent des torrents de vers sibyllins sur les coussins écarlates de la fumerie, crachant des éclairs de guitares et d’harmonica tiraillés dont l’artiste lui-même ne se relèvera pas : nous sommes en 1966, la fin d’un cycle (la trilogie électrique) est annoncée, Dylan blafard et amaigri titube sur scène sous les huées de la populace. Il s’agit de finir en beauté.

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Le triptyque électrique se caractérise par un son transgénique bouillonnant, torrent d'impressions sensibles qui ne laisse pas le sujet indemne. Il y a les titres d’emblée jouissifs, directement propulsés dans la légende (Just like a woman, etc.). Ceux, dont la postérité est plus discrète, mais qui relèvent d’une transcendante orfèvrerie (Sooner or later, qui sature un peu, annonce tous les orgasmes à venir. Je l'aime). Et puis les anecdotiques devenus classiques, dissimulant sous leur apparente promenade une course-poursuite effrénée avec l’infini – I want you, perle pop introduisant ses colonies de fourmis dans les jambes les plus gauches, le bijou qui nous invite à plonger tête première dans le trésor pour en tirer à soi les monuments massifs que sont Visions of Johanna et Sad Eyed Lady, interminables poèmes en prose dont le souffle porte les lettres aux nues, ouvrant dans les oreilles des yeux gorgés de soleils aux teintes inédites. Dylan empile ainsi les moments de grâce musicale,   rompt d’avec les canons de durée et décompose la langue pour en extraire l’image et le surréel qui pointent en son cœur. Les mots cessent de signifier mais n’en perdent pas pour autant leur pouvoir révélateur - lâchés avec hargne intoxiquée ou volupté langoureuse, ils déshabillent tout sur leur passage. C'est donc nu comme un ver que l'on débarque sur les plaines tristes de Sad Eyed Lady, dont la poésie décomplexée ne lasse pas de m'émouvoir - il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer. Et quand Dylan à bout de souffle porte à ses lèvres bleuies l’harmonica détraqué, c’est pour faire entendre son autre voix, celle dont on ne sait plus trop si elle tient d’une littérale possession divine ou du « charlatan magicien » qui du haut de sa superbe donne l’illusion de converser avec les dieux. La voix de l’aulos contre la lyre d’Apollon, elle-même détournée de sa vocation première d’accompagnement pour se poser en plan même des hérétiques danses dylaniennes. Et si Blonde on Blonde, album mythique par excellence, suscite diverses interprétations d’ordre mythologique, c’est que nous avons affaire, à travers la figure de Dylan, à l’incandescence du Phénix. Au terme de son harassante tournée anglaise, le drôle d’oiseau trouvera refuge dans sa cave – son basement – pour répandre ses cendres d’une toute autre manière.

 

 

 

Pour finir, l'Album Ultime, possédant toutes les qualités - léger, grave, dansant, sexuel, cérébral, flippant - m'évoque ces bons mots d'André Breton, in Manifestes du Surréalisme : "Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement. Or, c’est en vain qu’on chercherait à l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point. On voit assez par là combien il serait absurde de lui prêter un sens uniquement destructeur, ou constructeur : le point dont il est question est a fortiori celui où la construction et la destruction cessent de pouvoir être brandies l’une contre l’autre." Sacré André : on ne saurait dire mieux de Bob Dylan en général, et de Blonde on blonde en particulier.

 

Par Oyster - Publié dans : Dylanologie - Communauté : Musiques
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Jeudi 24 février 4 24 /02 /Fév 21:24

Pendant un mois et demi, je n'ai vécu que pour eux. Quarante-cinq jours de réclusion, de procédures harassantes, de tempêtes sous un crâne et de prises de tête exténuantes. Le fougueux Don Quichotte et ses moulins à vent n'étaient pas loin. Des histoires sordides ont couru à mon compte : ma famille me croyait mort, mes amis écumaient les hôpitaux, des avis de recherche ont fleuri sur les murs du métro. J'ai même eu vent de certaines légendes urbaines dans lesquelles je tenais le premier rôle, aux côtés  d'extra-terrestres pervers et de dangereux serial-killer. Madame a même soupçonné une infidélité. La vérité était différente, mais pas moins fantastique - je vous la raconterai un autre jour, car à la base, ce billet n'était pas censé porter sur les Original Mono Recordings, ces fameux huit premiers LPs mono du Zim qui m'ont valu tant de négatives pensées, tant de sueurs chaudes et froides et de bières tièdes pour tenir le coup, et tant de sang versé dans une rude bataille opposant les forces du monde dylanien libre à celles, avides de chair humaine, des tentaculaires suppôts du capitalisme triomphant. Notez que galvanisés par les soulèvements qui actuellement ébranlent le glorieux moyen-orient, nous avons fini par terrasser l'hydre ivre de sa puissance supposée. Mais comme la bête bougeait encore, mon propre coffret a tardé à arriver ; pis, de sombres mercenaires à la solde du démon s'en sont emparés, quelque part en obscure terre briarde, et il m'a fallu tirer l'épée du fourreau, encore ; affronter une bureaucratie plus glaciale et vicieuse que celles de Brejnev et de Pôle Emploi réunies, encore ; élaborer de complexes stratégies sur un bout de terrain humide pour finalement accéder au Graal convoité, ENCORE, boîte de Pandore et point G des aspirations dylaniennes dont la possession m'était refusée par des hordes de légionnaires sataniques, de crânes grimaçants et d'espouvantables courriels automatiques. Quarante-cinq jours de vie envolés, perdus, spoliés, mais pour quel résultat ! Quarante-cinq jours de souffrances indicibles, d'embuscades périlleuses et de retournements de situation imprévus, mais pour mettre la main sur quel trésor ! Songez donc : plus d'un kilogramme de microsillons émoustillants, qui contiennent rien moins que la Légende, l'Origine du monde, le sens de la vie et la Bonne Parole... La créature de Roswell et les tablettes de Moïse, à côté, c'est de la blague. En plus, franchement, ma discothèque contient plus de disques mono que stéréo ; du coup, ce si désiré coffret y trouve toute sa légitime place, flirtant avec mes ravissantes collections de Patton, Johnson, Leadbelly et consorts, qui tous craquent pour ses affriolantes formes.

Bref, épuisé par les batailles, martyre titubant, messie convalescent (à vendre : lettre de réclamation dédicacée, 37 euros), je méritais bien, pour me refaire une santé, le concert de  Mark Kozelek alias Sun Kill Moon auquel m'invitait l'ami Loner / Esther à la Flèche d'Or, le 13 février dernier. Un concert intimiste, triste et beau et atmosphérique, dont vous trouverez une intéressante chronique ici (en plus, je suis dedans), car moi, je n'ai plus de place pour en parler...

 

Kozelek.jpg

 


 


Par Oyster - Publié dans : En musique et en vrac - Communauté : Musiques
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